Marché Gobelin

Matin et soir, Les jeunes filles entendaient le cri des Gobelins :

« Venez acheter nos fruits du verger, Venez acheter, venez acheter : Pommes et coings, Citrons et oranges, Cerises dodues non becquetées, Melons et framboises, Pommes sauvages, mûres des haies, Abricots, fraises

Tous bien mûrs dans une atmosphère d’été matins qui passent bonnes soirées qui s’envolent. »

« Venez acheter, venez acheter »

01Soir après soir, parmi les joncs qui bordent le ruisseau, Laura penchait la tête, tout ouïe, Lizzie dissimulait son rougissement, accroupies l’une à côté de l’autre, dans l’air frais, bras enlacés et bouches prudentes, des picotis aux joues et au bout des doigts.

« Reste tapie », dit Laura redressant sa tête dorée : « Nous ne devons pas regarder les Gobelins ; Nous ne devons pas acheter leurs fruits. Qui sait quel sol a nourri leurs racines affamées et assoiffées ? »

0203« Venez acheter » lancent les Gobelins, descendant clopin-clopant le vallon.

04« Non », dit Lizzie, « Non, non, non ; Leurs propositions en doivent pas nous envoûter, Leurs cadeaux maléfiques nous nuiraient. »

05Elle fourra un doigt grassouillet dans chaque oreille, ferma les yeux et détala

06Tôt le matin, lorsque le premier coq poussa son avertissement, soigneuses comme des abeilles, tout aussi douces et affairées, Laura et Lizzie se levèrent.

08Allant chercher le miel, trayant les vaches,

07Nourrissant leur volaille, s’asseyant et cousant, devisant comme de modestes demoiselles le devraient, Lizzie à cœur ouvert, Laura dans un rêve, absente.

09Laura la curieuse décida de rester

010Sur la pente moussue du vallon, les Gobelins rebroussèrent chemin et s’attroupèrent, avec leur cri aigu répétitif : « Venez acheter, venez acheter ! »

011Mais Laura aux charmantes dents leur dit en toute hâte : « Braves gens, je n’ai pas un sou Prendre serait voler, Je n’ai pas de pièce de cuivre dans ma bourse, je n’en ai pas non plus en argent, et tout mon or est sur les joncs qui frémissent sous le vent sur la rouille des bruyères. »

« Tu as beaucoup d’or sur la tête » Répondirent-ils à l’unisson.

« Paie-nous avec une boucle d’or. » Elle coupa une précieuse mèche d’or.

012Elle laissa tomber une larme plus rare qu’une perle puis suça les globes de fruits rouges ou blonds : plus doux que le miel de la roche, plus puissant que le vin qui réjouit les hommes, plus clair que l’eau coulait ce jus ; Elle n’avait rien goûté de pareil auparavant, Comment, même avec du temps, s’en rassasier ? Elle suça, suça et suça encore, les fruits que donnait ce verger inconnu. Elle suça jusqu’à en avoir les lèvres endolories

013

Et, sans savoir si c’était la nuit ou le jour,

014Elle rentra seule à la maison.

015Lizzie la rencontra à la grille, avec de sages réprimandes : « Ma chérie, tu ne devrais pas rester dehors si tard, le crépuscule ne convient pas aux demoiselles ; Tu ne devrais pas flâner dans le vallon, territoire des Gobelins.

016

Ne te souviens-tu pas de Jeannie, comment elle les rencontra au clair de Lune, prit leurs cadeaux, nombreux et de qualité, mangea leurs fruits et coiffa leurs fleurs cueillies dans des tonnelles, où l’été mûrit à toutes heures ?

Mais qui, depuis ce clair de Lune, n’a cessé de dépérir ; Elle les chercha nuit et jour, sans les trouver, mais déclina et grisonna ; puis tomba avec la première neige.

Jusqu’à ce jour aucune herbe n’a poussé à l’endroit au-dessous duquel elle gît : j’y ai planté des marguerites il y a un an, elles n’ont pas fleuri. Tu ne devrais pas flâner ainsi !»

« Chut, tu n’y es pas, dit Laura. Chut, tu n’y es pas, ma sœur, j’ai mangé et mangé tout mon content, j’en ai encore l’eau à la bouche ; Demain soir, j’irai en acheter encore. » et elle l’embrassa.

017

Alors que le regard perdu et la bouche éteinte, elle rêvait de melons, comme le voyageur voit de fausses vagues dans le désert aride, ainsi que l’ombre d’arbres couronnés de feuillages, et, assoiffé, brûle dans le vent de sable.

018Elle ne balaya plus la maison, ni ne s’occupa des volailles et des vaches, n’alla chercher le miel, ne malaxa de gâteaux de blé, ne rapporta d’eau du ruisseau. Elle resta assise, indifférente.

019020Jusqu’à ce que Laura, dépérissant, semblât frapper à la porte de la Mort.

021La tendre Lizzie ne pouvait supporter de voir cet abcès ronger sa sœur, sans le partager.

022Brûlant d’acheter des fruits pour la soulager, mais effrayée d’en payer un prix trop élevé, elle pensait à Jeannie dans sa tombe, qui aurait pu être une jeune mariée, mais qui, pour les joies que les jeunes mariées espèrent avoir, tomba malade et mourut, dans sa prime jeunesse, au seuil de l’hiver, avec les premiers frimas, avec la première chute de neige de la rigoureuse froidure.

023Alors Lizzie ne tergiversa pas plus. Entre le meilleur et le pire, elle plaça un penny d’argent dans sa bourse, embrassa Laura, traversa la lande et les massifs d’ajoncs. Au crépuscule, elle s’arrêta près du ruisseau, et pour la première fois de sa vie, commença à écouter et à regarder.

024Ils rirent bien, tous les Gobelins, en l’épiant alors qu’elle les espionnait : ils vinrent vers elle en claudiquant, volant, courant, sautant, haletant et soufflant, se balançant, applaudissant, chantonnant, caquetant et glougloutant, gloussant et se gargarisant.

« Regarde nos pommes, rousses et louvettes, goûte nos cerises, mords dans nos pêches, cueille-les et suce-les »

025« Braves gens, dit Lizzie, ayant Jeannie à l’esprit, donnez m’en encore et encore. »

Elle présenta son tablier, Et leur jeta sa pièce.

« Non, viens t’asseoir avec nous, fais-nous cet honneur et mangeons ensemble. »

« Merci, dit Lizzie, mais quelqu’un attends à la maison, seule, que je revienne : alors, sans plus palabrer, si vous ne voulez me vendre aucun de vos fruits pourtant abondants, rendez-moi ma pièce d’argent que je vous avais lancée en paiement. »

026Grognant et grommelant. L’un dit qu’elle était fière, acariâtre, impolie ; Leurs tons enflèrent, leurs regards devinrent mauvais.

027Ils la piétinèrent et la bousculèrent, lui donnèrent des coups de coude et la malmenèrent, la griffèrent de leurs ongles, aboyant, miaulant, sifflant, raillant, déchirèrent sa robe et souillèrent ses bas, lui tirèrent les cheveux aux racines, martelèrent ses tendres pieds, lui maintirent les mains et écrasèrent leurs fruits contre sa bouche pour la faire manger.

028Lizzie resta blanche et or, comme un lys sous le déluge, comme un bloc de roche veinée de bleu fouetté furieusement par des marées, comme un phare abandonné dans l’écume d’une mer rugissante, émettant un feu doré, comme un oranger couronné de fruits blanchi de fleurs douces comme le miel, blessure assaillie par la guêpe et l’abeille, comme une cité royale innocente surmontée d’un dôme et d’une flèche dorés ,cernée de près par une flotte démente voulant abattre son étendard.

Finalement, les êtres malfaisants, épuisés par sa résistance, jetèrent la pièce, abandonnèrent leurs fruits, et, sur n’importe quel chemin qu’ils prirent, ne laissèrent ni racine, ni pierre, ni pousse.

029Contuse, dolente, blessée, Lizzie reprit sa route ; sans savoir si c’était la nuit ou le jour ; Surgit du talus, déchira les ajoncs, enfila les taillis et les bosquets, et entendit sa pièce tinter, ricochant dans sa bourse ; Son rebond était musique à son oreille.

Elle courut et courut, comme si elle craignait que quelque lutin la poursuive de ses quolibets ou de sa malédiction ou de quelque chose de pire : mais aucun lutin ne la poursuivait.

Elle n’était pas non plus piquée par la peur ; Son cœur bon la faisait filer comme le vent la poussait à se hâter vers sa maison, totalement hors d’haleine, en riant intérieurement.

030

Elle cria : « Laura ! » en montant du jardin

« T’ai-je manqué ? Viens m’embrasser. Ne t’inquiète pas de mes contusions ; Prends-moi dans tes bras, enlace-moi. Mange ces fruits des Gobelins pressés pour toi, Laura, fais grand cas de moi : Dans ton intérêt, j’ai affronté le vallon et ai eu affaire aux marchands lutins. »

031

Laura quitta sa chaise, elle s’agrippa à sa sœur, l’embrassa et l’embrassa et l’embrassa :

De nouvelles larmes rafraîchirent ses yeux crispés, gouttant comme la pluie après une longue sécheresse étouffante, tremblante d’une peur fébrile et de douleur.

Elle mangea et mangea d’une bouche affamée.

Ses lèvres commencèrent à roussir

032

Laura se réveilla, comme sortant d’un rêve, rit ingénument comme autrefois, étreignit Lizzie, mais pas deux ou trois fois ; Ses boucles brillantes ne laissaient plus apparaître un seul cheveu gris, son souffle était aussi doux que le mois de mai, et la lumière dansait dans ses yeux.

033

« Car il n’y a pas de meilleure amie qu’une sœur, dans le calme ou dans la tempête,

Pour encourager qui peine à une tâche, pour aller chercher qui se fourvoie,

Pour soutenir qui chancelle, pour conforter qui se tient droit. »

 

Christina Georgina ROSSETTI (1830 – 1894)

Goblin Market, 1862

Traduction : Bruce Demaugé-Bost

Mise en image et adaptation : Aestellia

 

Pour cette tenue, Aestellia a utilisé les pièces ci-dessous :

Lizzie :

  • Manteau d’honneur brodé de Bard (Rouge écarlate) -> Quêtes Eryn Lasgalen.
  • Cape de la ligue des tavernes  (Rouge écarlate) -> Echange Ligue des tavernes
  • Robe de remerciements trompe-froid  (Rouge écarlate) -> Festival de Yûle
  • Panier de pommes (Arme dévastatrice)-> Foire des Fermiers

Lizzie blessée :

  • Cape de Radagast (Rouge écarlate) -> Quêtes Anniversaire : La Grande Chasse au trésor annuelle – Neuvième année
  • Robe commune  (Rouge écarlate) -> Récompense anniversaire (jetons d’acier)
  • Panier de pommes (Arme dévastatrice)-> Foire des Fermiers

Laura :

  • Épaulières de Héros (Vert olive) -> Aria des Valars
  • Cape simple (Vert olive) -> Équipementier Grand’Cave
  • Robe de remerciements trompe-froi (Vert olive) -> Festival de Yûle

Le Gobelin :

  • Masque du Festival : Gobelin (sans couleur) -> Festival d’automne
  • Épaulières gravées de l’abîme (Marron noyer) -> Armure Lourde Gorgoroth, Mordor
  • Bouclier du clan Tarkrîp (sans couleur) -> Quêtes Anniversaire : La Grande Chasse au trésor annuelle – Quatrième année
  • Armure de justice de l’Anorien (Marron noyer) -> Quêtes Minas Tirith
  • Gantelets résistants de la première ligne de l’expédition (Marron noyer) -> Armure Lourde Gorgoroth, Mordor
  • Jambières des Champs de l’Anorien (Marron noyer) -> Quêtes Minas Tirith
  • Solerets durcis de la première ligne de l’expédition (Marron noyer) -> Armure Lourde Gorgoroth, Mordor
  • Panier de pommes (Arme dévastatrice)-> Foire des Fermiers

 

Un petit mot sur la tenue :

Pour les curieux qui veulent apprécier l’ensemble du poème, c’est ici que ça se passe :

http://bdemauge.free.fr/litterature/goblin.pdf

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